
...Et la Réalité devint
Légende...



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Vlad
Dracul, la naissance d'une Légende...
(1434-1476)
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Dracula,
une légende. Mais bien avant la légende, fut le
prince Vlad Dracul: son nom demeure une tache
infamante, aussi bien en Roumanie que dans les
pays limitrophes, car il aurait commis les crimes
les plus atroces que l'Histoire ait jamais
connus.
Dracula acquit une gloire bien
supérieure à celle que pouvait lui octroyer sa
position dans le monde politique de son époque,
période particulièrement rude ou résonnait le
fracas des armes en permanence. C'est lui qui
inventa les " forêts d'empalés " qui
longeaient le bord des chemins sur des
kilomètres pour accueillir ses ennemis et les
étrangers en visite. Les femmes, les enfants et
les hommes étaient embrochés par le fondement,
et lorsque le pieu ressortait par la bouche ou le
sommet du crane, on le mettait en terre, alignés
avec les autres...
C'est ainsi que le redoutable Vlad
Dracul sema la terreur et détourna quiconque de
l'idée de le trahir ou d'attenter à ses jours.
Le charisme sulfureux du cruel
Dracul continua à se propager bien après que
celui-ci eut disparu, grâce aux moines qui
traversaient régulièrement l'Europe de part en
part. Certains chefs militaires reprirent à leur
compte son art de la stratégie, espérant
chasser aussi brillamment que lui les Turcs hors
des frontières. A partir du XVe siècles,
d'horribles histoires commencèrent à circuler
concernant les pratiques sanglantes de Dracul. Il
faut croire qu'un certain plaisir sadique était
également partagé par les populations puisque
le succès fut immense: on s'arracha, en effet,
les toutes premières éditions. Les avis sont
partagés quand à savoir si l'on avait eu à
faire à un prodigieux chef militaire qui sut
narguer et repousser l'envahisseur ottoman comme
personne avant lui, ou à un véritable
monstre...

Le prince Dracula, qui régna sur un
territoire correspondant à l'actuelle Roumanie,
naquit en 1431. L'Europe s'étendait alors de
l'océan Atlantique à la mer noire et à la
Baltique. L'église était toute-puissante et la
société structurellement féodale, même si les
nouvelles formes de pensée de la Renaissance
imprégnaient déjà les esprits éclairés. Par
leur position géographique, la Transylvanie, et
la Roumanie étaient particulièrement exposées
aux invasions des infidèles attirés par
l'Europe centrale. On peut dire que la Roumanie
était comparable à ce qu'est aujourd'hui le
Moen-Orient, c'est-à-dire une plaque tournante
géopolitique d'où pouvaient naître tous les
conflits. Les Turcs étaient des envahisseurs
extrêmement destructeurs, brûlant et trucidant
tout et tous sur leur passage.
Mircea le Grand était
l'arrière-grand-père de Vlad: politicien
réputé et conquérant remarquable, il avait
établi ses quartier en Valachie, région bordant
le sud de la Transylvanie. Pour éviter de se
soumettre aux Turcs, Mircea signa, en 1395, un
traité d'alliance avec Sigismond de Luxembourg
et prit part à la croisade que celui-ci organisa
contre les Ottomans.
En ce temps-là, on avait l'habitude
d'envoyer les fils des familles nobles pendant
quelques années chez d'autres princes, afin d'y
parfaire leur éducation. Mircea envoya donc
Vlad, le père de Vlad Dracul, héritier du
trône, à la cour de Sigismond. C'est là que
Vlad fut accueilli au sein de l'Ordre du Dragon,
ordre germanique de chevalerie fondé par le
Saint Empire romain en 1387 et destiné à
combattre les Turcs. Comme beaucoup d'ordres
religieux et chevaleresques, ses objectifs
étaient de protéger le roi et sa famille, de
défendre l'empire, la foi catholique, les femmes
et les enfants, et bien évidemment de chasser
les Ottomans. C'est en 1431, année de naissance
de Vlad Dracul, que son père devint chevalier de
l'Ordre du Dragon. Lorsqu'il revint au pays, sa
cour et ses boyards le surnommèrent "
Dracul " , en hommage au prestige que leur
prince avait acquis en devant chevalier de
l'Ordre du Dragon. Le peuple, ignorant ces
subtilités honorifiques et ne remarquant que
l'emblème d'un dragon, assimila " Dracul
" à " Diable " , le mot roumain Drac
signifiant aussi bien le dragon et le diable...

Aussitôt chevalier de l'ordre,
celui-ci prêta serment d'allégeance à
l'empereur, ce qui lui valut de recevoir un
état-major et d'être reconnu comme prince de
Valachie. Mais il n'entra pas immédiatement en
possession du trône, alors occupé par son
demi-frère Alexandru Aldea. Selon la loi
valaque, c'est le fils aîné du prince, qu'il
soit légitime ou non qui doit lui succéder. Il
dut donc se contenter d'un gouvernement militaire
en Transylvanie, avec pour mission de surveiller
les régions frontalières. Il s'installa dans la
forteresse de Sighisoara, en raison de la
position stratégique exceptionnelle qu'elle
occupait. C'était une place forte remarquable.
Équipée de murailles de pierre et de brique
d'une épaisseur peu commune, qui s'étendaient
sur une distance de 1 kilomètre, elle venait
d'être consolidée pour mieux résister à
l'artillerie turque. De plus, elle bénéficiait
d'impressionnants donjons intérieurs, chacun
étant couronné de quatorze créneaux portant
respectivement le nom de la corporation qui en
avait financé la construction. C'est ainsi que
l'on trouvait la donjon des tailleurs, des
joailliers, des orfèvres, etc. L'ensemble de la
bâtisse était imprenable.
Il n'avait qu'un idée en tête:
reconquérir ce qui, selon lui, lui revenait de
droit, à savoir son trône de Valachie. En 1434,
considérant qu'Alexandru entretenait de trop
bonnes relations avec les Turcs, Sigismond
ordonna à Vlad de rassembler son armée en
Transylvanie et d'envahir la Valachie pour son
propre compte. Il battit les Turcs en 1436 et
entra dans Targoviste, la capitale de Valachie,
et il s'empara du pouvoir avec la bénédiction
de l'Empereur.
Les tout premiers princes de
Roumanie partageaient avec les Ottomans une
certaine " philosophie de harem " ; ils
ne faisaient guère de différence entre épouses
légitimes et concubines puisque le seul critère
de succession était le sang royal paternel. Vlad
engendra trois fils illégitime, le deuxième
étant Dracula, Vlad Dracul l'Empaleur. Le nom
" Dracula " , adopté par Bram Stocker
et bien d'autres,est simplement formé du mot
" dracul " , auquel on a ajouté le
suffixe " a " , signifiant " fils
de ".
Dracula fit ses classes comme
apprenti chevalier, et reçu également un
enseignement en sciences politiques dont les
principes de base étaient d'inspiration "
machiavélique ". Cela influença et modela
fortement l'esprit du jeune Dracula. L'on
rapporte que, dès son plus jeune âge, Dracula
avait développé des goûts morbides: il suivait
avec fascinations les prisonniers qu'on emmenait
jusqu'au donjon des joailliers, où ils étaient
pendus. En 1437, Sigismond, roi de Luxembourg et
protecteur de la famille Dracula, rendit son âme
à Dieu et, du même coup, la Valachie à
l'arbitraire des attaques ottomanes. C'est
pourquoi Vlad Dracul signa aussitôt un traité
d'alliance avec le sultan Murad II de Turquie. Il
semblerait même qu'il dût souvent accompagner
Murad lors de ses raids en Transylvanie, en se
livrant lui-même à la tuerie et au pillage,
brûlant tous les villages, ce qui contribua à
forger la réputation sanguinaire de la famille
Dracula.
A la mort de son père, le jeune
Dracula fut emmené comme captif chez les Turcs,
où il servit en tant qu'officier dans l'armée.
Durant cette période de sa vie, il eut tout le
loisir de se documenter sur les moyens de torture
utilisés par les Turcs sur leurs prisonniers de
guerre. Mais, en dépit des enseignements qu'il
pouvait recevoir, Dracula demeurait prisonnier du
sultan, et il rêvait de Valachie, exactement
comme en avait rêvé son père. Il décida donc
de s'enfuir et de demander protection à l'État
voisin de la Valachie, la Moldavie, où il
espérait rassembler une armée pour conquérir
son trône. Après quelques tentatives
infructueuses, ses efforts furent finalement
couronnés de succès: Dracula devint prince de
Valachie en 1456, à l'age de 25 ans.
L'avènement de son règne coïncida avec le
passage d'une comète dans le ciel de l'Europe.
Dracula y vit la marque bénie de la destinée et
les débuts particulièrement prometteurs de son
pouvoir: il fit donc graver la comète sur une
face de sa monnaie, l'autre arborant l'aigle
emblématique de la Valachie.
Dracula s'établit à Targoviste,
qui devint aussitôt la capitale politique,
sociale et culturelle de son pays. Son palais
était de proportions modestes, dominé par un
beffroi d'où l'on pouvait parfaitement
surveiller les alentours, notamment les mouvement
des armées turques, mais surtout les exécutions
qu'il avait ordonnées et qui se tenaient dans la
cour, sous ses fenêtres. Les boyards (la
noblesse terrienne) formaient traditionnellement
le conseil de Valachie, dont le prince lui-même
dépendait pour les décisions finales, surtout
en matière de justice et d'administrations .De
ce fait, ils étaient plus puissants que leur
souverain, et c'est pourquoi le trône de
Valachie connaissait une grande instabilité,
chacun des princes qui défilaient ne parvenant
pas à se maintenir en place plus de deux ans.
Dracula allait mettre bon ordre à cette
situation, en brisant de façon spectaculaire la
puissance et l'arrogance des boyards, et en
centralisant son gouvernement. Ce faisant, il
assouvissait une également une vengeance:
c'était ces mêmes boyards qui avaient
éliminés un de ses frères en le brûlant
vif...
Les plus anciennes chroniques
roumaines relatent ainsi les événements
survenus au printemps 1457:
Il découvrit que les boyards de
Targoviste avaient brûlé vif un de ses frères.
Pour en savoir d'avantage, il fit exhumer son
frère, qu'on trouva gisant face contre terre.
Aussi, le jour de Pâques, alors que tout le
monde festoyait et dansait, il les fit
encercler... et les mena, avec femmes et enfants,
tous vêtus de leurs habits de fête, à Poenari,
où ils furent mis aux travaux forcés jusqu'à
ce que leurs vêtements tombassent en lambeaux et
qu'ils apparussent nus.

La tradition populaire précise que
Dracula dit d'abord empaler les enfants et les
femmes dans la cour du palais, avant de conduire
les hommes, enchaînés, au lieu-dit de la
Source, après une marche de deux jours. Là, ils
durent reconstruire la vieille citadelle en
ruine. Dracula avait déjà donné les
instructions pour que soient installés dans tous
les environs des fours à brique et des séchoirs
à terre glaise. Les boyards, sous la menace du
fouet, se mirent à l'ouvrage et le château fut
rebâti. Le folklore local suppose qu'il existe
un passage secret reliant le château à des
salles souterraines au coeur de la montagne
qu'empruntait Dracula pour se livrer à ses
mystérieux rituels. Certaines personnes
superstitieuses croient encore que la "
malédiction de Dracula " reste
essentiellement attachée à cet endroit
maléfique entre tous. L'on dit qu'une flamme
dorée jaillit parfois dans le ciel nocturne pour
indiquer la présence du trésor que Dracula a
volé aux boyards; mais quiconque tenterait de
s'approprier ce trésor succomberait aussitôt à
la malédiction.
Pour remplacer les boyards, Dracul
créa sa propre cour et ses nobles en choisissant
des gens d'origine plébéienne. Il rompit avec
la tradition qui voulait que les terres et les
biens confisqués à un boyard revinssent à un
homme de même rang: il les distribua à des gens
à lui, qui, pour le remercier, ne pouvaient que
défendre vaillamment ce nouveau régime, leurs
propres intérêts en dépendant. Ces nouveaux
nobles se mirent donc en devoir d'obéir aux
ordres de leur maître et firent preuve de
l'impitoyable violence que l'on attendait d'eux.
Exalté par la puissance qu'il avait engendrée,
Dracula ne se contenta pas d'avoir réduit les
quelques boyards qu'il restait à l'état
d'esclaves: il menaça tous les agents de son
administration des pires punitions s'il advenait
qu'on l'offensât, même involontairement. Un
témoignage relatant l'arrivée d'une
délégation de diplomates italiens en provenance
de Genève est parvenu jusqu'à nous.
Des ambassadeurs arrivèrent à
sa cour. En s'approchant de lui, ils ôtèrent
leur chapeau pour le saluer. Sous le chapeau ,ils
portaient une coiffe ou bonnet qu'ils gardèrent
sur la tête, selon la coutume de leur pays.
Dracula demanda alors des explications concernant
le fait qu'il ôtaient leur chapeau et point leur
bonnet. A quoi ils répondirent: " C'est
l'habitude dans notre pays. Nous ne sommes pas
obligés d'enlever notre bonnet, même devant le
sultan, ou l'empereur. " Dracula dit alors:
" En vérité, j'approuve et veux conforter
cette coutume. " Les ambassadeurs le
remercièrent en se courbant humblement puis
ajoutèrent: " Seigneur, afin de vous
remercier de vos bontés, nous vous servirons
toujours et dans tous vos intérêts, et nous ne
manquerons pas de vanter vos mérites où que
nous nous rendions. " De sang-froid, le
tyran planta alors des clous, en demi-cercles,
dans le crâne de chacun de ces hommes. "
Croyez-moi, dit-il pendant que ses serviteurs
achevaient cette horrible besogne, c'est ainsi
que j'encouragerai toujours vos belles coutumes.
"
On rapporte également que, pour
mieux observer ce qui se passait dans les
campagnes et vérifier si on y travaillait dur,
Dracula se déguisait, notamment la nuit, et
inspectait tout. Il voulait savoir comment les
gens vivaient, comment ils s'acquittaient de
leurs tâches et quelles étaient les rumeurs qui
circulaient. Parfois, il rendait visite à des
fermiers et leur posait toutes sortes de
questions... Une ballade évoque les méthodes
employées pour mieux assujettir ses paysans.
Un jour, Dracula rencontra un
paysan qui portait une blouse trop courte. Ses
chausses tissées à la main étaient si
abîmées qu'on apercevait ,par endroits, les
cuisses du manant. Quand il vit cet homme ainsi
vêtu, Dracula lui ordonna immédiatement de se
rendre à sa cour. " Es-tu marié? "
demanda-t-il. " Oui, Seigneur. " -
" Ta femme est assurément de celles qui
aiment paresser. Comment est-il possible que ta
blouse ne couvre même pas tes fesses? Ta femme
n'est pas digne de vivre dans mon royaume.
Qu'elle périsse! " - "Pardon,
Seigneur, mais je suis très content d'elle. Elle
ne quitte jamais la maison et elle est honnête.
" - " Tu seras bien plus satisfait
d'une autre, puisque tu es toi-même digne et
valeureux. " Entre-temps, des soldats
étaient allés quérir la malheureuse et
l'avaient immédiatement empalée. Dracula offrit
au paysan une autre femme à marier, et il prit
la précaution de montrer à la nouvelle épouse
ce qu'il en avait coûté à la précédente
d'avoir provoquer son courroux. Du coup, la jeune
épouse travailla si dur qu'elle en oublia de
manger. Elle plaça le pain sur une épaule, le
sel sur l'autre, et c'est ainsi qu'elle s'échina
à la tâche. Par ce zèle, elle voulait donner
davantage de satisfaction à son mari que ne
l'avait fait l'ancienne femme, et surtout éviter
la malédiction de Dracula.

Le prince Dracula pourchassait les
parasites de la société, les mendiants et les
vagabonds, avec une telle férocité qu'elle
conduisait la population à se tuer au travail,
sans jamais avoir l'idée de la moindre révolte.
L'histoire qui suit est si célèbre qu'elle a
été traduite en plusieurs langues, telles que
l'allemand et le russe. Dans la version roumaine,
Dracula débarrasse la Valachie de tous ses
mendiants, malades et miséreux.
Dracula ordonna de crier par
tout le pays que les vieillards impotents, les
malades, les estropiés, les pouilleux, les
aveugles et les vagabonds étaient tous conviés
à un grand festin offert par le prince à
Targoviste. Le jour dit, la ville se mit à
grouiller de tout ce que le royaume pouvait
contenir de gueux, de pauvres et de bancals. On
crut étouffer sous le nombre. Les serviteurs du
prince distribuèrent des habits neufs à chacun,
puis conduisirent tout ce petit monde dans une
grande maison où des tables avaient été
dressées. Les mendiants s'émerveillèrent de
tant de générosité et disaient entre eux:
" Le prince a du être touché par quelque
grâce. " S'étant attablés, que
croyez-vous qu'ils virent devant eux? Un repas
royal, avec des vins fins et des viandes
succulentes qui laissent la panse repue et la
tête lourde. La somptuosité de ce banquet
devint légendaire. Tous bâfrèrent et burent
plus que de raison. La plupart étaient ivres
morts et ne pouvaient articuler un mot
intelligible lorsque, soudain, des flammes et de
la fumée s'élevèrent de toutes parts. Le
prince avait donné l'ordre d'incendier la
maison. Les mendiants se ruèrent alors sur les
portes, mais elle étaient verrouillées. Les
flammes progressaient comme des dragons
flamboyants, les dévorant au milieu des cris,
des hurlements et des gémissements d'agonie. Les
supplications n'eurent aucun effet, le feu
continua à tous les engloutir. Ils tombaient les
uns sur les autres, ils s'étreignaient
désespérément, appelaient à l'aide, mais
nulle oreille humaine ne pouvait les entendre.
Ils se tordaient dans les pires tourments. Le feu
en étouffa certains, en réduisit d'autres en
cendres, mais grilla le plus grand nombre d'entre
eux. Quand l'incendie prit fin, il ne restait
plus âme qui vive au milieu des ruines.
Voici ce que ce que nous rapporte un
manuscrit russe de l'ambassadeur Kouritsine:
...un été et sur son ordre
péremptoire, on dressait la table de Vlad Drakul
et on lui servait son repas au milieu des
cadavres empalés. Émule d'Assurbanipal, il lui
était agréable disait-il, de manger et de boire
parmi ceux qu'il délivrait quotidiennement du
fardeau de la vie. Un jour, l'un de ses
échansons, qui ne supportait pas l'odeur des
corps en décomposition, se boucha le nez et se
détourna. Mal lui en prit. Le maître lui
demanda la raison d'un tel geste. " C'est
que, bredouilla l'autre, je ne supporte pas la
puanteur. " Dracula fit dresser un pieu deux
fois plus élevé que les autres et ordonna qu'on
y empalât l'échanson. " Ce pieu, dit-il,
t'élèvera au-dessus de ce bas monde et de la
sorte, l'odeur ne t'atteindra point. "
La terreur qu'inspirait la menace du
pal était si grande que durant le règne de
Dracula les voleurs et les brigands disparurent
complètement. Le souvenir de ses cruautés
demeure gravé dans le folklore roumain.
Enjolivées ou pas, ces accusations font de Vlad
un homme redouté et haï, d'autant qu'il ne
cesse de faire des percées en territoire ennemi.
Ainsi, en 1462, à la suite d'une fausse lettre
prouvant l'allégeance de Vlad à la
souveraineté de Mehmed II, est-il emprisonné
par les troupes de Mathias Corvin. Cet
emprisonnement durera plus de dix ans, de 1462 à
1474, à la suite de quoi, selon certains écrits
russes, Vlad l'Empaleur aurait été contraint
d'embrasser la religion catholique en échange de
sa libération. Il sera assassiné deux ans plus
tard au cours d'une bataille mémorable contre
les troupes turques. décapité, sa tête aurait
alors été " promenée " par ses
vainqueurs dans tout l'Empire ottoman comme
preuve de sa défaite.
On sait peu de choses sur le lieu
présumé où fut enterré son corps. Selon les
vieilles chroniques, il aurait été inhumé à
Snagov, où s'élève un ancien monastère que
Dracula avait fait reconstruire de son vivant, et
dont il ne reste aujourd'hui plus que des ruines
au milieu d'un lac. L'abbaye de Snagov connut une
certaine notoriété à la fin du XVIIe siècle
lorsqu'elle publia, sous les ordres d'Antim I
Vereanum les versions roumaines de l'Ancien et du
Nouveau testament. Plusieurs faits tragiques
accréditèrent la légende selon laquelle le
monastère était maudit par la présence de la
dépouille de Vlad l'Empaleur ; ainsi, quelque
temps après la mort de Vlad Dracula, un très
violent orage détruisit l'une des trois
chapelles du monastère. En 1830 celui-ci fut
transformé en prison par le général russe
kiselev, et sa passerelle, reliant le
pénitencier à la terre ferme, céda au passage
d'une colonne de bagnards, faisant cinquante-neuf
victimes qui plongèrent, fers aux pieds, dans
les eaux sombres du lac. En 1931, Florescu et
Rossetti, un historien et un archéologue
ouvrirent deux tombent pour découvrir dans un
sarcophage entièrement pourri les restes d'un
squelette humain... probablement celui de Vlad
l'Empaleur.
Pour les gens de Snagov, rôde
encore dans la petite église la légendaire
figure du terrible Empaleur...
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-Princesse
Alexandra Caradja-
Descendante de la
lignée de Vlad Tepes.
Née en 1920.
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Chassée de
Roumanie par le régime communiste, la princesse
Caradja s'est exilée en France, à Paris, où
elle tente depuis de faire revaloriser l'image de
son illustre ancêtre, accusé à tord, selon
elle, d'avoir été sanguinaire et cruel. "
C'est son époque qui était cruelle, et non lui
", précise-t-elle.
La princesse Caradja se bat depuis
un certains nombres d'années pour réhabiliter
la mémoire de son ancêtre et pour que cesse
l'amalgame qui est régulièrement fait entre le
personnage historique Vlad l'Empaleur et le
héros-vampire de Bram Stocker, Dracula. Pour
elle, le " folklore " qui s'est
constitué autour de son ancêtre n'est qu'une
mascarade qu'elle ne manque jamais de dénoncer.
Je vous propose de trouver
ci-dessous les mises au point de la princesse
Alexandra Caradja.
" Il est temps, dit-elle,
de faire la différence entre le vampire de Bram
Stocker et Vlad Tepes. Nous sommes de la dynastie
des Besaraba qui règne depuis près de 1200 ans
en Roumanie. Les Besaraba ont donné leur nom à
cette province de Roumanie, la Besarabie, ainsi
que 46 princes régnants dont le troisième
était Vlad Tepes!
Ma famille a eu deux branches, celle des Danesti
et des Draculesti.
Tout ce qui est dit à propos de Vlad est un
tissu de contresens. Par exemple, on prétend que
l'on met des numéros à nos gouvernants, Vlad
Ier, Vlad II, Vlad III, comme on le faisait pour
les rois de France. Or, c'est entièrement faux,
nous ne numérotons pas nos rois, nous leur
donnons des surnoms: Vlad l'Empaleur, Vlad le
Moine, Vlad le Beau.
Autre erreur à rectifier. On parle de Dracula,
mais ce mot n'existe pas en roumain ; on emploie
le mot de " Draculea " qui veut dire
" fils de ", donc fils de Vlad Dracul.
On n'avait jamais fait de parallèle entre le
Dracula du roman et le personnage réel de Vlad l'Empaleur avant les années 70 où parut le
livre " In Search of Dracula " de
Florescu et Mc Nally. Même dans les années 30,
lorsque le film de l'universal avec Bela Lugosi
est sorti, personne n'avait jamais fait un tel
rapprochement.
On fait de Vlad Tepes un être sanguinaire pour
une raison très simple, c'est que ses exploits
ont marqué les esprits à un tel point que l'on
a fini par exagérer la portée de ses actes
véritables. Il faut savoir qu'après des
décennies de tentatives turques pour s'emparer
du territoire, Vlad fut le premier, avec un
nombre de combattants inférieur à celui de ses
adversaires, à mettre les turcs en fuite ; et ce
que l'on sait moins, ou que l'on a pas compris,
c'est que l'empalement était déjà une pratique
courante. Les armes de l'époque, il faut s'en
souvenir, étaient des lances, des sabres, des
épées ; en somme des armes tranchantes qui ne
faisaient rien d'autre qu'empaler ! Mais
l'imagination s'est laissée déborder à propos
du nombre des victimes supposées et sur la
façon dont elles l'ont été.
Ainsi, lorsque l'on parle du massacre de 25 000
victimes turques, il faut savoir qu'en fait Vlad,
qui ne disposait que de 12 000 soldats, a
inventé la guerre psychologique. Il a cherché
ce qui pourrait faire reculer les Turcs pour
éviter une confrontation qui lui serait fatale,
étant donné la disproportion entre le nombre de
ses soldats et celui de ses adversaires. Il a
appris que la chose la plus horrible pour un
musulman était de voir profaner un cadavre. Vlad
a donc utilisé cette crainte pour effrayer ses
ennemis. Contrairement à la légende, Vlad l'Empaleur n'a jamais empalé de gens vivants,
mais il a joué avec le tabou suprême qui
effrayait les Turcs " l'empalement de
cadavres ", car dans la religion musulmane
le cadavre est sacré et sa profanation
interdite. Afin d'intimider le sultan et
d'effrayer ses troupes, Vlad a donc donné
l'ordre d'empaler tous les soldats morts
abandonnés sur le champ de bataille. Lors d'une
première attaque de troupes turques, il a donc
fait empaler la première vague d'attaquants
tués, et lorsque la seconde vague est arrivée,
ce fut pour elle la consternation de trouver des
milliers de cadavres empalés, et les troupes
turques ne purent que rebrousser chemin,
horrifiée devant une forêt de corps empalés.
Vlad avait compris que la meilleure façon
d'être respecté était de faire régner la
peur. politique qu'il appliqua sur son propre
territoire, envers ses propres sujets. Ainsi,
l'histoire du gobelet d'or sur la margelle du
puits de chaque village est vraie! Il y avait
bien un gobelet d'or sur chaque fontaine, chaque
puits mais personne ne les a jamais volés car
Vlad promettait de punir par la mort tous les
gens qui se trouveraient à proximité de la
fontaine ou du puits au moment où le gobelet
d'or serait volé. Ce qui était une excellente
menace empêchant un quelconque vol.
Contrairement à ce que l'on raconte un peu
partout, ce n'est pas Vlad l'Empaleur qui a
créé snagov, mais son père. Et les fouilles
archéologiques qui ont été faites en 1933-1934
l'ont été par ma famille, par mon père et mon
grand-père. On y a trouvé la bague de Draculea
avec ses armes, son sceau. Vlad Tepes a fait
reconstruire Poenari, il a vécu à Tirgoviste,
mais il ne n'est jamais allé s'installer dans
d'autres villes; peut-être les a-t-il seulement
" traversées " ?
D'autre part, il n'a pas été contraint de
renoncer à la religion orthodoxe, il est devenu
catholique parcequ'il voulait épouser la soeur
de Mathias Corvin qui était catholique. C'est
là la vraie raison de sa conversion au
catholicisme.
Quand à la haine des Turcs elle s'explique
ainsi: un jour il fut invité par les Turcs, en
tant que prince de Valachie, or, au lieu d'être
accueilli par ses hôtes avec les honneurs dus à
son rang, on lui a mis les fers aux pieds, et on
l'a jeté dans un cachot sans ménagement. Ainsi, il s'est senti à la fois trahi et
humilié, et c'est une chose qu'il n'a jamais pu
ni oublier, ni pardonner. "
Conclusion de la princesse:
" Ce n'est pas la peine d'enfumer le diable,
il est déjà assez noir !"
Interview le
15.07.1996, Paris.
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-Les
Plaisirs Sanguinaires
de la comtesse Bathory-
(1560-1614)
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Comtesse hongroise, surnommée
" La comtesse sanglante " et, parfois,
la " comtesse Dradula ".
Le nom d'Erzebeth Bathory est resté dans
l'histoire de la Hongrie, non seulement grâce à
ses accointances avec la noblesse du pays (elle
est notamment l'épouse d'un noble, Ferenz
Nadasdy), mais surtout en raison du scandale et
de l'horreur qui ont entaché sa légende. En
effet, la sinistre comtesse s'est rendue coupable
de châtiments corporels innombrables et
d'épouvantables crimes de sang dans son château
de Csjethe, avec l'aide de serviteurs non moins
redoutables, sur la personne de dizaines, voire
de centaines de jeunes filles, certains ayant
avancé le chiffre de 610 victimes...
La comtesse, obsédée par sa
beauté et par la jeunesse qu'elle désirait
conserver à tout prix, s'était rendu compte,
par hasard, un jour qu'un de ses servantes
s'était piquée le doigt et l'avait
éclaboussée de son sang, qu'à l'endroit où
celui-ci l'avait touché, sa peau semblait avoir
pris une douceur inhabituelle.
Dès lors, persuadée que l'élixir
de beauté et de jeunesse éternelle se trouvait
dans le sang humain, Erzebeth Bathory n'eut de
cesse de s'en procurer régulièrement pour
prendre des bains afin de garder un corps parfais
et se mettre à l'abri, croyait-elle, de
l'outrage des ans. Pour ce faire, elle n'hésita
pas à sacrifier des centaines de jeunes femmes (
servantes, bohémiennes, filles du peuple)
qu'elle faisait enlever par ses sbires aux
alentours de son château et qu'elle torturait
d'affreuse façon, afin de récupérer leur sang.
De plus, son mari étant le plus souvent parti
guerroyer, elle occupait sa solitude en
s'adonnant aux forces occultes en compagnie de
son âme damnée, Dorkö, une vieille femme
laide, entièrement dévouée à sa maîtresse,
que beaucoup soupçonnaient d'être une
sorcière...
Les disparitions régulières aux
abords du château étant toujours constatées
dans les périodes où Erzebeth y résidait,
amenèrent les autorités à s'inquiéter des
rumeurs qui circulaient dans le peuple au sujet
de la comtesse. C'est ainsi qu'à la suite d'une
enquête discrète sur les agissements d'Erzebeth
Bathory, l'inconcevable vérité se fit jour: la
comtesse était une criminelle de la plus
singulière espèce. Durant l'hiver de 1610,
après qu'une captive eut réussi à s'échapper,
le château fut assiégé par la populace et les
autorités alertées.
Les enquêteurs découvrirent alors
un amoncellement de corps dont certains étaient
percés d'une multitude de trous; certaines
victimes étaient encore vivantes, mais
pratiquement exsangues, l'une d'elle, encore
tiède, ayant été complètement vidée de son
sang. Les complices d'Erzebet furent jugés et
pendus. Quand à la comtesse, à la suite d'un
procès rapide eut égard à son rang, elle fut
condamnée à être emmurée vive dans la chambre
de son château de Csejthe et alimentée par une
petite trappe jusqu'à la fin de sa vie, en 1614,
où elle mourut de sa belle mort une nuit du mois
d'août. Faut-il voir là un véritable cas de
vampirisme ou bien Erzebeth Bathory était-elle
simplement une psychopathe entretenant une
passion perverse pour la jeunesse? On ne le saura
jamais. Toujours est-il que la légende veut
qu'aujourd'hui encore, son esprit hante les
alentours du château et continue à commettre
des crimes.


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