David Talbot, une longue existence
dédiée à l'ordre de Talamasca, pour essayer de
comprendre le monde, d'en percer les mystères...
Après une jeunesse passée en Inde où il prend
connaissance de ses pouvoirs extralucides, entre
autres, il débute sa longue expérience à
l'intérieur de Talamasca, après une violente
aventure paranormale, à Rio, où il sera
confronté avec des esprits qui se déchaîneront
sur lui, invoqués par une puissante prêtresse
candomblée dont il subira la malédiction. De
retour à Londres, toujours sous l'emprise de la
malédiction, ivre de fièvre et épuisé,
subissant sans répit les assauts et les coups
répétés des esprits, il sera mis en contact
par sa mère, férue de spiritisme, avec les
membres de l'ordre.
Ils lui ouvriront alors leurs portes, et là,
David apprendra. Apprendra dans les livres,
apprendra des anciens, et retournera à Rio, pour
maîtriser lui-même les démons, malgré les
avertissements et les mises en garde des membres
de Talamasca. Ce qu'il parviendra à faire. Mais
David désire plus, il veut lui aussi avoir le
pouvoir de contrôler les esprits. Il réussira
à convaincre la sorcière et restera un an à
Rio, devenant son élève et développant ses
pouvoirs.
Dès
ses débuts en tant que novice, il se révèlera
très loin des normes idéales: il est loin
d'être le parfait candidat, il n'est pas un
érudit au sens conventionnel du terme, il ne l'a
jamais été, il ne le sera jamais. Et pourtant,
après maintes expériences fascinantes et de
longues heures d'études, il finira au grade
élevé de Supérieur Général de la
Maison-Mère de l'ordre de Talamasca. Mais avec
tant d'amertume...
Dans une intense solitude, sentant son corps
s'affaiblir et s'approcher inéluctablement de la
mort, il est empli de l'impression amère, qu'il
se refuse à admettre, d'avoir gâché sa vie, de
n'avoir rien appris, d'être passé à côté de
tout: tout ce qui était important, tout est
resté mystère...
Lestat
est immédiatement attiré par David, par ce
gentleman Anglais qui refuse le Don Obscur, qui
n'a point peur de la mort, par le raffinement
exquis de son esprit... Il le suivra, le
poursuivra, l'observera, le tentera sans
relâche... Le désir de Lestat d'avoir pour
compagnon David Talbot est indéniable. David
sera, tout au long des aventures de Lestat devenu
immortel, son seul véritable ami, et, lentement,
au fil des conversations, l'inverse se fera. Le
plaisir qu'ils ressentent à discuter et
débattre de divers sujets, tournant bien souvent
autour des notions du bien et du mal, le respect
qu'ils éprouvent l'un pour l'autre créera un
lien indestructible. Un lien si fort que David
sera le seul à aider Lestat lorsque celui-ci se
trouvera, pour la première fois de son
immortelle vie, en réel danger.
David
y laissera son corps mortel, peut-être son âme,
mais pas son esprit. Et il " renaîtra
" sous une nouvelle apparence, découvrant
la saveur et le goût des pouvoirs et d'une
immortalité qu'il n'avait pas demandés, mais
qu'il sera apprécier à leur juste valeur, en
fin connaisseur qu'il a toujours été. Il
acceptera sa nouvelle condition avec ce flegme
britannique si connu, mêlé à d' étranges
sentiments: s'ouvre à lui une nouvelle
existence, une longue et immortelle vie où il y
a encore tant a découvrir pour son esprit avide
de savoir, une nouvelle jeunesse pour son vieux
corps si las.
David
Talbot aurait-il fini par accepter le Don Obscur
à l'orée de sa mort humaine? Telle est la seule
vraie question, mais je ne le pense pas. Il
aurait sûrement été trop attiré par les
mystères s'ouvrant à lui, de l'autre côté du
miroir...
"
" - Avant le Brésil, je n'en avais guère
tenu compte. En fait, c'était troublant, si
parfaitement inexplicable que, quand je suis
parti pour Rio, je n'y pensais plus. Pourtant,
aujourd'hui j'y pense tout le temps. Je ne peux
pas m'en empêcher. Et c'est pourquoi je me suis
tourné vers la Bible, comme si j'allais trouver
là quelque sagesse.
-
Racontez-moi.
-
Cela s'est passé à Paris juste avant la guerre.
J'étais là avec ma mère. J'étais dans un
café de la rive gauche, et je ne me rappelle
même plus aujourd'hui quel café, seulement que
c'était une belle journée de printemps et un
moment merveilleux pour être à Paris, comme
disent les chansons. Je buvais une bière en
lisant les journaux anglais, et je me suis rendu
compte que j'étais en train de surprendre une
conversation. " Ses pensées à nouveau
dérivèrent. " J'aimerais bien savoir ce
qui s'est passé vraiment ", murmura-t-il.
Il se
pencha en avant, prit le pique-feu dans sa main
droite et attisa les bûches, projetant un
panache d'étincelles sur les briques noircies.
J'avais une terrible envie de le ramener à notre
conversation, mais j'attendis. Il reprit enfin.
"
Comme je vous le disais, j'étais dans ce café.
-
Oui.
- Et
je me suis aperçu que je surprenais cette
étrange conversation... ce n'était pas en
anglais et pas non plus en français... et peu à
peu j'en suis arrivé à comprendre que ce
n'était vraiment dans aucune langue, et pourtant
c'était parfaitement compréhensible pour moi.
Je posai mon journal et commençai à me
concentrer. Cela se poursuivit longtemps.
C'était une sorte de discussion. Et tout d'un
coup je ne savais pas si les voix étaient ou non
audibles au sens conventionnel du terme. Je
n'étais plus sûr que personne d'autre fût
vraiment capable d'entendre cela! Je levai les
yeux et me retournai lentement.
Et ils étaient là... deux êtres, assis à la
table en train de se parler et, l'espace d'un
instant, cela me parut tout à fait normal: deux
hommes en grande conversation. Je repris mon
journal et cette impression de flotter m'envahit
de nouveau. Il me fallait m'ancrer à quelque
chose, fixer un moment mon regard sur le journal,
puis sur le dessus de la table et faire cesser
cette sensation de flotter. La rumeur du café me
revint comme tout un orchestre. Et je compris que
je venais de tourner la tête et de regarder deux
individus qui n'étaient pas des êtres humains.
Je me retournai de nouveau, me forçant à bien
regarder, à prendre conscience des choses, à
être aux aguets. Et voilà que je les retrouvais
là, et, si pénible que ce fût, ils étaient
des illusions. Car ils n'avaient tout simplement
pas la même substance que tout le reste.
Savez-vous ce que je suis en train de vous dire?
Je peux vous démontrer cela en pièces
détachées: ils n'étaient pas baignés dans la
même lumière, par exemple, ils existaient dans
un domaine où la lumière provenait d'une autre
source.
-
Comme chez Rembrandt.
-
Oui, un peu comme cela. Leurs vêtements et leurs
visages étaient plus lisses que chez les êtres
humains. Bref, cette vision avait une texture
différente et cette texture était uniforme dans
tous ses détails.
-
Vous ont-ils vu?
-
Non. Je veux dire, ils ne m'ont pas regardé. Ils
n'ont donné aucun signe de reconnaître ma
présence. Ils se regardaient, ils ont commencé
à parler et j'ai aussitôt repris le fil.
C'était Dieu qui s'adressait au diable et qui
lui disait qu'il devait continuer son travail. Et
le diable n'en avait pas envie. Il expliquait que
ça avait assez duré. La même chose s'était
produite pour tous les autres. Dieu disait qu'Il
comprenait, mais que le diable devrait savoir
combien il était important, qu'il ne pouvait
absolument pas se soustraire à ses obligations,
que ce n'était pas aussi simple, que Dieu avait
besoin de lui et avait besoin qu'il fût fort. Et
tout cela sur un ton très aimable.
- De
quoi avaient-ils l'air?
-
C'est le pire de tout. Je n'en sais rien. Sur le
moment je vis deux formes vagues, imposantes,
résolument masculines, ou empruntant une forme
masculine dirons-nous, plutôt agréables à
regarder, rien de monstrueux, rien de vraiment
extraordinaire. Je ne me rendais pas compte de
l'absence de tout signe particulier: vous savez,
couleur des cheveux, traits du visage, ce genre
de choses. Les deux personnages avaient l'air
tout à fait complets. Mais quand j'essayais par
la suite de reconstituer l'évènement, je
n'arrivais à me rappeler aucun détail! Je ne
pense pas que l'illusion était aussi complète.
Je pense qu'elle me satisfaisait mais que cette
impression de plénitude venait d'autre chose.
- De
quoi?
- Du
contenu, évidemment, de la signification.
- Ils
ne vous ont jamais vu, ils n'ont jamais sur que
vous étiez là.
- Mon
cher garçon, ils devaient bien savoir que
j'étais là. Ils le savaient certainement. Ils
avaient dû faire ça pour moi! Comment sinon
aurais-je pu voir cet épisode?
- Je
ne sais pas, David. Peut-être que ce n'était
pas délibéré de leur part. Peut-être
certaines personnes peuvent voir et que certaines
autres ne peuvent pas. C'était peut-être une
petite déchirure dans l'autre texture, la
texture de tout le reste du café.
- Ce
pourrait être vrai. Mais je crains que ça n'ait
pas été le cas. Je crains que j'étais destiné
à le voir et que c'était destiné à avoir sur
moi un certain effet. C'est là l'horreur de la
chose, Lestat. Cela n'a pas eu un très grand
effet sur moi.
-
Vous n'avez pas changé votre vie à cause de
cela.
- Oh,
non, pas du tout. Figurez-vous que deux jours
plus tard je doutais même d'avoir vu la chose.
Et, à chaque fois que je le racontais à une
autre personne, à chaque petite confrontation
verbale - " David, vous êtes devenu dingue
" - cela devenait de plus en plus incertain
et vague. Non, je n'ai jamais rien fait à ce
propos.
-
Qu'y avait-il à faire? Qu'est-ce qu'on peut
faire d'autre à cause d'une révélation que
mener une bonne vie? David, vous avez sûrement
parlé de la vision à vos frères de Talamasca.
-
Oui, oui, je leur en ai parlé. Mais c'était
beaucoup plus tard, après le Brésil, quand j'ai
classé tous mes mémoires, comme doit le faire
un bon membre de la communauté. Je leur ai
raconté toute l'histoire, telle qu'elle s'est
passée, bien sûr.
- Et
qu'ont-ils dit?
-
Lestat, le Talamasca ne dit jamais grand chose,
il faut s'y faire. " Nous observons et nous
somme toujours là. " A dire vrai, ce
n'était pas une vision qui avait beaucoup de
succès auprès des autres membres. Parlez des
esprits au Brézil et vous avez un public. Mais
le Dieu chrétien et son diable? Non, je crains
que le Talamasca ne soit quelque peu sujet à des
préjugés, voire à des engouements, comme toute
autre institution. Je ne me souviens pas de
grand-chose d'autre. C'est vrai que, quand on
parle à des messieurs qui ont vus des
loups-garous, qui ont été séduits par des
vampires, qui ont combattu des sorcières et
parlé à des fantôme, ma foi, à quoi peut-on
s'attendre?
-
Mais Dieu et le diable, dis-je en riant. David,
c'est un grand moment. Peut-être que les autres
membres vous enviaient plus que vous ne vous ne
vous êtes rendus compte.
-
Non, ils n'ont pas pris ça au sérieux, dit-il
reconnaissant mon humour avec un petit rire. Pour
être tout à fait franc, je suis étonné que
vous ayez pris ça au sérieux. "
Il se leva soudain, tout excité, et traversa la
pièce jusqu'à la fenêtre, écartant d'une main
la draperie. Il resta là à essayer de
distinguer quelque chose dans la nuit pleine de
neige.
"
David, qu'est-ce que ces apparitions auraient pu
vouloir faire?
- Je
n'en sais rien, dit-il d'un ton amer et
découragé. C'est bien mon problème. J'ai
soixante-quatorze ans et je ne sais pas. Je
mourrai sans savoir. Et s'il n'y a pas
d'illumination, ainsi soit-il. En soi, c'est une
réponse, que je sois suffisamment conscient ou
on pour m'en rendre compte.
-
Revenez vous asseoir, si vous voulez bien. J'aime
bien voir votre visage quand vous parlez. "
Il obéit, presque machinalement, revint
s'asseoir et reprit son verre vide, son regard
errant sur le feu dans la cheminée.
"
Qu'en pensez-vous, Lestat, vraiment? En votre for
intérieur? Existe-t-il un Dieu ou un diable? Je
veux dire: sincèrement, qu'est-ce que vous
croyez? "
Je réfléchis un long moment avant de répondre.
Puis:
"
Je pense vraiment que Dieu existe. Je n'aime pas
l'avouer. Mais c'est vrai. Et sans doute une
forme de diable existe-t-elle aussi, je le
reconnais: ça fait partie des pièces manquantes
dont nous parlions tout à l'heure. Et vous
auriez fort bien pu voir l'Être Suprême et son
Adversaire dans ce café de Paris. Mais ça fait
partie de leur jeu exaspérant: nous ne pouvons
jamais en être certains. Vous voulez une
explication vraisemblable à leur comportement?
Pourquoi vous ont-ils laissé avoir ce petit
aperçu? Ils vouliez que vous vous lanciez dans
je ne sais quelle réaction religieuse! Ils
jouent ce jeu-là avec nous. Ils nous lancent des
visions, des miracles, des bouts et des fragments
de révélation divine. Et nous nous en allons
pleins de zèle fonder une église. Ca fait
partie de leur jeu, de leur discours sans fin.
Vous savez? Je crois que l'idée que vous vous
faites d'eux - d'un Dieu imparfait et d'un diable
avide d'apprendre - est tout aussi valable que
n'importe quelle autre interprétation. Je crois
que vous avez mis dans le mille. "
Il me
dévisageait d'un regard intense, mais ne
répondit rien.
-
Non, continuai-je. Nous ne sommes pas destinés
à connaître les réponses. Nous ne sommes pas
destinés à savoir si nos âmes passent d'un
corps à un autre par la réincarnation. Ce n'est
pas notre lot de savoir si Dieu a crée le monde.
S'il est Allah, Yahvé, Shiva ou le Christ. Il
sème des doutes comme Il sème des
révélations. Nous sommes tous Ses fous. "
Il ne
répondait toujours pas.
"
Quittez le Talamasca, David, dis-je. Allez au
brésil avant d'être trop vieux. Retournez en
Inde. Voyez des endroits que vous avez envie de
revisiter.
-
Oui, murmura-t-il, je pense que je devrais faire
ça. Et ils s'occuperont sans doute de tout pour
moi. Les anciens sont déjà réunis pour
discuter du problème de David et de ses
récentes absences de la maison-mère. Ils me
mettront à la retraite avec une belle pension,
évidemment.
-
Savent-ils que vous m'avez vu?
- Oh!
mais oui. Ca fait partie du problème. Les
anciens ont interdit tout contact. C'est très
amusant, vraiment, puisqu'ils ont si
désespérément envie de vous voir eux-même.
Ils savent bien sûr quand vous venez à la
maison-mère.
- Je
sais bien, dis-je. Qu'entendez-vous par: ils ont
interdit tout contact?
- Oh!
rien que cette mise en garde habituelle, dit-il,
les yeux toujours fixés sur les bûches. Tout
cela, en fait, est très médiéval et fondé sur
une vieille directive: " Vous ne devez pas
encourager cette créature ni engager la
conversation avec elle ni la poursuivre; si elle
persiste à vous rendre visite, vous devez faire
de votre mieux pour l'entraîner dans un endroit
où il y a de la foule. Il est bien connu que ces
créatures répugnent à attaquer quand elles
sont entourées de mortels. Et jamais, jamais
vous ne devez tenter d'apprendre des secrets de
cet être, ni croire un seul instant qu'une
émotion qu'il manifeste puisse être sincère,
car ces créatures ont un remarquable don de
dissimulation et on les a vues, pour des raisons
impossibles à analyser, pousser des mortels à
la folie. C'est arrivé aux enquêteurs les plus
subtils aussi bien qu'à de malheureux innocents
avec lesquels les vampires sont entrés en
contact. Vous devez signaler sans délai chaque
occasion où il vous arrive d'en apercevoir un.
"
-
Vous savez vraiment cela par cœur?
-
C'est moi qui ai écrit cette directive, dit-il
avec un petit sourire. Au long des années, je
l'ai récitée à bien d'autres membres.
- Ils
savent que je suis ici en ce moment?
-
Non, bien sûr que non. Voilà longtemps que j'ai
cessé de leur rapporter nos rencontres. "
Il se replongea dans ses pensées et reprit:
" Cherchez-vous Dieu?
-
Certainement pas, répondais-je. je ne peux pas
imaginer une plus grande perte de temps, même si
on a des siècles à perdre. J'en ai fini avec
toutes ces quêtes. Je regarde le monde autour de
moi en cherchant des vérités, des vérités
enracinées dans le physique et dans
l'esthétique, des vérités que je puis
pleinement étreindre. Je m'intéresse à votre
vision car vous l'avez eue, que vous me l'avez
racontée, et que je vous aime. Mais c'est tout.
Il se
rassit, le regard de nouveau perdu dans les
ténèbres de la pièce.
"
Peu importe, David, le moment venu, vous mourrez.
Et sans doute moi aussi.
Son
sourire retrouva quelque chaleur, comme s'il ne
pouvait accepter cette idée que comme une sorte
de plaisanterie. Il y eut un long silence, durant
lequel il se versa encore un peu de whisky et le
but plus lentement que tout à l'heure. Il
n'était même pas gris. Je compris que c'était
ce qu'il avait prévu. Quand j'étais mortel, je
buvais toujours pour m'enivrer. Mais il est vrai
que j'étais très jeune et très pauvre,
château ou pas château, et que presque tout ce
que je buvais était de mauvaise qualité.
"
Vous cherchez Dieu, dit-il avec un petit
hochement de tête.
-
Allons donc. Vous êtes trop imbu de votre propre
autorité. Vous savez pertinemment que je ne suis
pas le garçon que vous voyez ici.
- Ah,
vous avez raison, il faut que je me souvienne de
cela. Mais vous ne pourriez jamais supporter le
mal. Si vous avez dit la vérité la moitié du
temps dans vos livres, il est évident que, dès
le début, le mal vous a fait horreur. Vous
donneriez n'importe quoi pour découvrir ce que
Dieu veut de vous et pour faire ce qu'Il veut.
-
Voila que vous radotez déjà. Faites votre
testament.
-
Oooh, vous êtes cruel ", dit-il avec son
sourire radieux. J'allais ajouter quelque chose
quand mon attention fut distraite. Quelque chose
me tirait au fond de ma conscience. Des bruits.
Une voiture passant très lentement sur
l'étroite route traversant le village au loin
dans une tempête de neige. Je cherchais à
scruter, sans y parvenir, ne percevant que la
neige qui tombait et progressait tant bien que
mal. Quel pauvre et triste mortel pour rouler
dans la campagne à cette heure: il était quatre
heures du matin.
"
Il est très tard, dis-je. Il faut que je parte.
je ne veux pas passer une nuit de plus ici, bien
que vous ayez été fort aimable. Ce n'est pas
par crainte qu'on vienne à l'apprendre. Je
préfère, simplement...
- Je
comprends. Quand vous reverrai-je?
-
Plus tôt que vous ne le pensez, déclarai-je.
Dites-moi, David. L'autre nuit, quand je suis
parti d'ici, bien décidé à me faire griller
dans le désert de Gobi, pourquoi avez-vous dit
que j'étais votre seul ami?
-
Mais vous l'êtes. "
Nous
restâmes un moment silencieux.
"
Vous êtes mon seul ami aussi, David, dis-je.
"